Léo Ayotte

Léo Ayotte

Léo Ayotte voit le jour le 10 octobre 1909 à Sainte-Flore en Mauricie. Il s’adonne très tôt à l’écriture et à la composition de croquis de paysages. Rebelle, turbulent et de nature bohème, il développe, quoique encore très jeune, un problème de boisson qui le hantera une bonne partie de sa vie.

Son amour de la nature et l’émerveillement qu’elle lui procure, l’amènent naturellement vers la peinture. C’est en 1938, qu’Ayotte décide de quitter sa Mauricie natale pour Montréal. Sans le sous, il agit tout d’abord comme modèle à l’École des Beaux-Arts et réussit ensuite à y décrocher un travail de concierge. Prêtant une oreille attentive aux leçons des professeurs, il acquiert dès lors de précieuses connaissances. Toujours sans argent, Ayotte s’accapare des restants de tubes de couleurs des élèves et s’en sert pour peaufiner son style lors de ses temps libres. Le temps passé à l’École des Beaux-Arts s’avèrera déterminant dans son cheminement d’artiste.
Quelques temps plus tard, Ayotte déniche un appartement rue Saint-Christophe, qui deviendra son atelier pendant plus de trente ans. Son problème d’alcoolisme semble empirer et le met souvent dans l’embarras. Grâce à sa forme physique hors du commun et une alimentation rigoureuse, il parvient tout de même à se rebâtir une santé après chaque épisode de beuverie. Toutefois, son art et sa réputation en souffrent de plus en plus. Conscient qu’il se dirige vers une auto-destruction inévitable, Ayotte cesse de boire en 1958 et règle une fois pour toutes son problème avec sa seule volonté.
C’est à partir de ce moment, ayant une nouvelle perspective sur la vie et un regain d’énergie, qu’il produira ses plus belles toiles. En 1962, il part pour l’Europe et visite le Louvre à Paris. Sa nièce Louise-Hélène, aussi artiste-peintre, le rejoint plus tard sur la Côte d’Azur où ils y peindront plusieurs tableaux. Ce séjour lui procure d’inoubliables moments et il revient au pays plus rayonnant que jamais. Ses tableaux remportent de plus en plus de succès et tout va pour le mieux.
L’autodidacte ne dérogera jamais de son style unique. Ayotte n’utilisait souvent qu’un seul pinceau pour réaliser une oeuvre. D’un geste sûr et d’une spontanéité déconcertante, il réussissait toujours ses toiles du premier coup, n’ayant pas à y apporter d’éternelles retouches comme la plupart des peintres. Les traits gras et les couleurs vivantes qui émergeaient de son pinceau, le prolongement de son âme, animaient les sujets dont il savait en capter l’essence comme nul autre. Ses paysages colorés constituent de véritables hymnes à la nature. Ses natures mortes et ses portraits toujours chargés d’émotion, complètent son oeuvre et le consacrent comme un artiste de premier plan sur la scène québécoise. Après un dur combat contre le cancer, il s’éteint en décembre 1976.

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Jean-Paul Riopelle

Jean-Paul Riopelle 

1923-2002

C’est dans un véritable microcosme de la classe ouvrière canadienne-française que naquît Jean-Paul Riopelle, le 7 octobre 1923, rue de Lorimier à Montréal.  Son père Léopold, menuisier, profite rapidement de la prospérité économique de Montréal et offre ainsi à sa famille tout le confort désiré. Son grand-père paternel quant à lui, était à la fois menuisier et croque-mort: la mort fait ainsi partie de la vie familiale dès la petite enfance du peintre.

En effet, son frère Paul, de 3 ans son cadet, décède prématurément. La perte de celui-ci le frappe de plein fouet.  Il a 7 ans, l’âge de raison, et le traumatisme de la mise en scène funèbre de la cérémonie s’ajoute au chagrin qui restera gravé en lui à jamais. Tout au long de sa vie, il entretiendra ce rapport intense, profond et complexe avec la mort qui s’exprimera à travers ses paroles, sa vie et surtout, dans son œuvre. On y relève la tentative de contrer la mort dans le rapport du blanc et du noir, l’obsession de la toile blanche qui sera toujours présente dans son œuvre.

C’est en 1936 que Riopelle entre à l’école publique et Monsieur Henri Bisson qui lui prodigue ses premiers cours de dessin. Une belle complicité se développe entre l’élève et le maître. Ensemble, ils passent des journées entières à peindre à l’extérieur. Le contact entre nature et peinture devient peu à peu indissociable, l’une renvoyant à l’autre. En 1943, il entre à l’École du Meuble pour échapper à la conscription. À cette époque, le corps professoral était déjà constitué d’artistes les plus modernes et avant-gardistes du temps; c’est là qu’il fait la connaissance de ceux qui deviendront ses acolytes dans l’art pour plusieurs années et notamment Paul-Émile Borduas, qui aura une influence déterminante sur lui.

La relation élève-maître n’a pas toujours été facile; Riopelle est rétif à toute autorité et tient beaucoup à la formation académique qu’il a reçu de son professeur  Henri Bisson. Lorsque la confiance est établie entre Borduas et lui, son évolution est rapide et fertile.  En plus de s’adonner régulièrement à l’écriture automatique, il  profite pleinement des exercices de libération intérieure prônée par Borduas.

Dans les lithographies présentées, le griffonnage noir, nerveux et libre instaure à l’avant-plan l’automatisme d’une écriture. Nous retrouvons ainsi l’équivalence picturale de l’écriture automatique. Cependant, même si Riopelle fait partie du groupe des Automatistes, il s’en distingue tout de même par un certain contrôle de son geste. Le tableau ne fonctionne pas selon l’association d’images libres comme dans les rêves, mais plutôt sur des images qui rétroagissent l’une envers l’autre.  Ce sont ses propres images qu’il s’approprie.

Peu de temps après la première exposition du groupe de Borduas en 1946, le peintre et sa jeune épouse Françoise Lespérance, partent pour Paris. Après avoir signé avec André Breton, le père du Surréalisme et son grand ami, le manifeste Rupture inaugurale rédigé par Henri Pastoureau, il a l’idée d’un manifeste local qui refléterait les préoccupations québécoises, d’où est né le Refus global. Riopelle est un homme engagé et défend le manifeste avec ferveur chaque fois que nécessaire.

Les années ‘50 marquent Riopelle par la découverte et l’intégration du All-over américain surtout connu dans les oeuvres de Jackson Pollock ; là encore, Jean-Paul Riopelle adapte la technique pour lui.  Le All-over prend une autre dimension et se transforme en All-attack, reprenant ainsi un terme militaire signifiant une attaque qui provient de tous les côtés. De ce bagage artistique ressort les grandes mosaïques qui émeuvent et portent à l’admiration nombre de spectateurs. À cette époque, Riopelle connaît déjà un succès international en exposant tant à Paris, à New York qu’à Montréal.  Son œuvre est reconnue mondialement et prisée par les collectionneurs. Il travaille avec acharnement et peut passer des jours et des nuits entières à peindre allant jusqu’à oublier de manger et de boire. Il émerge de ces séances, épuisé, mais repu.

Le peintre ne se contente pas d’être seulement peintre; il s’adonne également à la sculpture et plus tard à la gravure et au collage finissant même par travailler à la bombe aérosol. L’influence du travail de la matière sculptée fait tranquillement disparaître les grandes mosaïques. On remarque de plus en plus une « re-figuration » de la même manière que l’on dit « se remémorer »; c’est l’évocation de la nature si chère à Riopelle. La riche production de 1966 confirme ce passage.

En effet, c’est à ce moment qu’il entre à la galerie Maeght et découvre la gravure qu’il n’a qu’effleurer. Il a à sa disposition de nombreux ateliers où il explore la technique à sa guise. Au lieu de se plier aux contraintes du genre qui l’obligeraient à trop de répétitions, il traite chaque état comme une étape complète en elle-même, ce qui caractérise les premières suites que nous présentons, Feuilles, Album ’67 et Jute, ainsi que les eaux-fortes de 1967 comme la Poule Faisanne. Quelques autres  lithographies originales également : Grappes, Vétheuil, Affiche après la lettre, Suite Lachaudière, Sur l’étang…

Il veut défier la technique et il n’a pas peur de risquer l’échec; de toute manière, il récupère les rejets lithographiques pour en  faire des collages.

Dans les œuvres que nous présentons, on voit encore une fois apparaître l’idée du piège, de la toile d’araignée.  Le piège qui est piégé permet ainsi la liberté; la ligne n’est pas contrainte à la simple délimitation de la forme.

Au début des années ‘70, Riopelle renoue avec son Québec natal et s’installe à Sainte-Marguerite-du-lac-Masson.  Le retour aux sources, à la nature à son état pur, influence à nouveau le peintre dans son œuvre. Nous découvrons peu à peu les grandes envolées d’oies sauvages si intimement liées à la grandiose œuvre Hommage à Rosa Luxembourg de 1992.  Même dans la pure abstraction, Riopelle a toujours su faire référence à la nature sauvage. Peut être et probablement de façon inconsciente, ses thèmes demeurent toujours très canadiens. D’ailleurs, André Breton dira de son travail que c’est l’œuvre d’un trappeur supérieur, même si, pour le peintre, ce n’est pas la forêt canadienne qui a de l’importance, mais la feuille.

Jean-Paul Riopelle fût un artiste qui marqua considérablement l’histoire de l’art du Québec,  mais aussi de la scène internationale. Même si son œuvre est rebelle aux classifications, elle fût acceptée par la critique d’art et a obtenu une place de choix dans les livres d’art. Il laisse derrière lui une énorme production totalisant environ 5 000 œuvres. Sur vingt-cinq années, sa production de gravures compte plus de 400 pièces.

« Je suis un oiseau libre »  Riopelle.

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Gérard Dansereau

Gérard Dansereau

Gérard Dansereau est né à Montréal en 1949. Ce peintre et illustrateur a aussi fait carrière comme photographe  et graphiste, discipline qu’il a longtemps enseignée au Cégep d’Ahuntsic à Montréal. Tout le travail de Dansereau révèle l’ambivalence entre le pictural et le graphique. Avec l’usage abondant de lettres, nombres et collages, c’est un amalgame de la peinture et du graphisme où la synthèse se crée.

Détenteur de baccalauréats en design et en enseignement, en 1979 Dansereau devient professeur au département de graphisme du Collège Ahuntsic;  il quittera ce poste en 1996 pour travailler à temps plein comme artiste. D’abord reconnu pour ses activités en communications graphiques et en illustration, pour lesquelles il reçoit de nombreux prix, il consacre une large part de son temps à l’exploration d’autres disciplines : la sérigraphie, la photo, l’aménagement intérieur, ainsi qu’à des recherches personnelles qui l’amènent à produire une centaine de tableaux par année.

Avec le temps, le style du peintre se transforme : du non figuratif il passe à des images dont le ton rappelle la bande dessinée, donnant la place aux animaux et aux objets domestiques qui constituent l’élément déclencheur du récit que chaque spectateur ne manque de s’inventer.

Gérard Dansereau est récipiendaire de nombreux prix d’illustration et de graphisme notamment le prestigieux Coq D’or de Publicité-Club pour l’affiche Hergé à Montréal. Il a créé un macaron tout spécialement pour l’astronaute Julie Payette lors de son premier vol en orbite. On peut retrouver les toiles de Dansereau tant au Québec, qu’à Toronto, au Mexique et aux États-Unis.

Gérard Dansereau est un amoureux de la couleur, des formes et des textures. Il Dansereau nous invite dans un monde bien particulier, le sien. Peuplé d’animaux au réalisme stylisé, aux expressions familières et humaines, Dansereau mène le Bal des animaux. Illustrateur de métier ayant oeuvré dans le domaine de l’édition et de la publicité, il a également enseigné le design graphique au collège Ahuntsic d’où le prix Gérard Dansereau dans cette discipline qui porte son nom.

Gérard Dansereau joue intentionnellement sur ces registres, si bien qu’on ne sait plus trop si nous évoluons dans l’univers d’une peinture au chromatisme riche et lumineux de la caricature ou de la bande dessinée. Tout comme les conteurs de légendes, Dansereau sait jouer des ambivalences dans une harmonie qui ne laisse personne indifférent.

En fait, l’artiste sollicite l’imagination participative de chacun avec des tableaux pour rêver. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les enfants apprécient beaucoup ses œuvres. Ils entrent spontanément dans l’univers onirique et fabriquent leur propre récit. C’est en cela également que Dansereau, qui se garde bien de faire de la théorie sur la peinture, renoue avec le caractère narratif traditionnel de l’art.Gérard Dansereau, artiste, katmandou, galerie d'art la corniche

 

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Vézina, Andrée

Andrée Vézina

Peintre autodidacte, Andrée Vézina est née à Montréal en 1952. Elle vit et travaille à  Québec.

Andrée Vézina a terminé un baccalauréat en sociologie à Laval, tout en poursuivant parallèlement des cours de dessin dans les cégeps, musées et ateliers divers. Ses études terminées, elle intensifie ses recherches personnelles en art.

Explorer l’univers d’Andrée Vézina, c’est une belle échappée au rythme des saisons. C’est aussi participer à la danse des formes. C’est se délecter l’œil de l’équilibre des masses, aller à la rencontre des couleurs vibrantes et énergiques de ses personnages imposants, de ses musiciens, ses paysans et ses femmes d’ici et d’ailleurs. Et que dire des bouquets de fleurs à la facture relevée et étonnante.

Ses principales expositions solo ont eu lieu chez Pratt & Whitney de Longueuil (1986), à la galerie La Corniche de Chicoutimi (1987), à l’Alliance française d’Ottawa (1988) et à la Galerie Pierre Bernard de Montréal (1989). Elle a aussi participé aux expositions Les femmes peintres du Québec, au Musée Marc-Aurèle Fortin (1989) et les femmeuses.

Andrée Vézina a remporté les 2ième et 3ième prix de la Société canadienne d’aquarelle en 1984 et 1985. Elle a également été nommée artiste de l’année chez Pratt & Whitney, en 1986.

Andrée Vézina présente ses œuvres à la galerie d’art La Corniche depuis 1981.

Andrée Vézina fait partie du paysage des arts visuels québécois depuis plus d’une trentaine d’années. Elle travaille essentiellement par thème abordant des thématiques plus ou moins longues qui reviennent au fil de sa production.
Ses thèmes, liés aux saisons, vont et viennent en alternance. L’hiver, sa palette s’assombrit. Ceci s’explique par la luminosité ambiante et par l’intériorité inhérente à  cette saison. Apparaissent alors les musiciens, les danseurs de tango, les scènes théâtrales. Au printemps, la couleur revient. Les jaunes, les verts acides, les roses éclatent et livrent bataille à  des bleus glacés. Les thèmes du voyage reviennent alors. L’artiste exploite les lumières des pays plus ensoleillés, c’est le moment des tableaux portant sur les femmes d’Afrique, les pirogues vietnamiennes, le travail au champ ou dans les rizières.
L’été, la palette n’en finit plus de se réchauffer, elle juxtapose les rose, jaune, rouge, orangé et violet. Les couleurs et les tonalités deviennent plus vives, exacerbées. Avec elles, l’on retrouve les fleurs, les marchés de fleurs, les musiciens de rue. La fête quoi!
L’automne, le calme revient, les harmonies s’assourdissent. La saison qui commence avec l’abondance des marchés d’été puis d’automne se terminent par des natures mortes de fleurs fanées, séchées, de fruits de fin d’été glanés dans les marchés à travers champs et jardins oubliés. Les bruns, les ocres et les noirs sont maintenant dominants et appellent bientôt le retour des musiciens.
L’approche plastique de Vézina se caractérise notamment par les généreuses textures créées par l’emploi d’une matière abondante qui permet à l’artiste de morceler littéralement la pâte. Cette dimension confère un aspect très tactile à son travail, alors qu’elle inscrit sur la toile des motifs irréguliers qui parcourent l’ensemble de la surface. Le sujet semble émerger d’un magma qui donne naissance à une fusion entre la matière et la forme.
Ref. Robert Bernier in La peinture au Québec depuis les années 1960 Éditions de l’homme, pp. 327-328

 

Guide Vallée III.

Rousseau, Albert

Albert Rousseau

1909 -1982

Né à Saint-Étienne-de-Lauzon, Albert Rousseau est le fils d’Omer Rousseau et d’Alice Roy. Il était l’aîné d’une famille de six garçons. Artiste-peintre de réputation internationale, il a exposé au Canada, aux États-Unis, et en Europe. Il est le descendant d’un certain Jacques Rousseau, qui a quitté l’île de Ré pour la Nouvelle-France en 1665.

Il s’inscrit en 1925 à l’École des beaux-arts de Québec à l’âge de 16 ans. Son séjour à cette École (où étudia aussi juste avant lui Alfred Pellan – « Pellan ») dura six ans et il y récolta plusieurs prix et médailles. À sa sortie de l’École, l’objectif de Rousseau est de consacrer son énergie à peindre son pays et sa Nature. Il peindra les grands paysages de Charlevoix avec son ami Marc-Aurèle Fortin mais aussi avec d’autres peintres québécois, qui deviendront très connus tels René Richard. En 1939, il expose un tableau intitulé Le Havre au Salon du Printemps de la Galerie des arts de Montréal.

Albert Rousseau fréquentera souvent ce Salon au cours des années subséquentes et il y gagnera un premier prix en 1948, la même année que Pellan. Rousseau est un artiste qui cultive constamment son art, expérimentant et variant les textures, les matériaux et les techniques. Son talent pour rendre la lumière et les couleurs est reconnu et apprécié des experts, mais aussi du grand public. Il construit son propre atelier de peinture à Saint-Étienne de Lauzon, à côté de sa maison (aussi construite par lui) vers 1956. Il voyage vers les Provinces maritimes, d’où il rapporte des « marines » superbes, puis vers l’ouest canadien où il peint d’extraordinaires totems qui révèlent son intérêt pour la mythologie amérindienne. Il produit tableaux, aquarelles et terres cuites.

En 1960, Rousseau, avec un tableau intitulé « Maison Chevalier », se mérite le premier prix du concours de la Galerie nationale du Canada sur les « Scènes d’hiver ». Le 23 août 1964 Rousseau inaugure sa première Exposition Champêtre à son atelier de Saint-Étienne. En 1965, Rousseau abandonne son travail dans l’hôtellerie (qui lui permettait de « faire vivre son art » comme il disait) pour se consacrer exclusivement à la peinture. Il a 57 ans. Il anime toujours son atelier libre, qui compte une quarantaine de membres dès 1968. Rousseau peint, paysages, natures mortes, nus, marines avec une énergie intarissable.

La brillante carrière de Rousseau se poursuit et son art ne cesse d’évoluer. Il multiplie les voyages, sans pour autant cesser de peindre son pays, ses hivers et ses automnes aux couleurs vives. À partir de 1975, il diminue un peu le rythme de ses voyages à l’étranger mais aucunement celui de sa peinture. Il cotoie toujours son grand ami, René Richard. Il peindra sans relâche des œuvres lumineuses, empreintes de joie et de couleurs, jusqu’à sa mort subite en 1982, à l’âge de 73 ans. Son dernier tableau illustre d’une manière très colorée le cycle de la vie en y représentant une femme enceinte protégée par un personnage mystérieux et une jeune mère tenant un bébé dans ses bras.

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Pellan, Alfred

Alfred Pellan

Alfred Pellan (1906-1988) est le premier artiste québécois à s’être inspiré du surréalisme. Il s’enorgueillira d’avoir adopté l’art moderne bien avant Paul-Émile Borduas. À son retour au Québec en 1940, après un séjour de plus de quatorze ans en France, Pellan devient le centre d’intérêt des artistes progressistes. L’art cubiste et surréaliste qu’il ramène avec lui est cependant considéré comme trop avant-gardiste, en conséquence il en vendra peu. De 1943 à 1952, pour survivre, il enseigne à l’École des beaux-arts de Montréal. Son opposition active aux fondements théoriques du directeur de l’École pousse ce dernier à démissionner en 1945. L’école devient dès lors plus libérale dans son approche. En effet, Pellan est ouvertement contre l’académisme et s’engage pour un art indépendant, davantage ouvert à l’universalité.

Dans l’art d’Alfred Pellan la forme ne saurait rester brute. Si elle est le fruit d’un accident, l’artiste doit la mener au-delà de son état originel. Il privilégie l’esthétisme et la cohésion de l’ensemble, laquelle s’appuie souvent sur des compositions complexes. Appliqué et méthodique, Alfred Pellan apporte un soin méticuleux à la qualité graphique de ses œuvres, une caractéristique qui prendra de l’importance avec les années. Cette méthode de travail lui offre la possibilité d’exploiter presque à l’infini l’univers suggestif de son langage. Observer une toile de Pellan, c’est avoir accès à un monde ludique, organisé, où la nature joue un rôle de premier plan dans l’inspiration.

Fin observateur, Alfred Pellan élabore plusieurs de ses compositions sur un mode similaire à celui qui ordonne la nature dans sa structure intime, à la fois par la répétition de la forme et par son infinie variété. L’esprit qui anime Alfred Pellan au cours des vingt dernières années de sa production affirme encore plus la dimension fantaisiste et humoristique de son approche ainsi qu’en font foi plusieurs composantes de son Bestiaire.

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Muhlstock, Louis

Louis Muhlstock

La raison qui pousse Louis Muhlstock dans sa démarche, c’est la recherche de la ligne de vie, la ligne de vérité. C’est pourquoi il aime dessiner d’après modèle afin de retenir cette authenticité de la figure humaine. Car il est un maître du nu, de la gestuelle du corps, de la fluidité des formes. Quand il guide son crayon, son fusain, son pinceau pour situer une forme, il ne la cerne pas mais la modèle pour lui donner une souplesse qui tient de la sensualité.  Il présente sous l’impulsion du moment la vérité du corps féminin dans toute sa beauté plastique.

Jacques de Roussan, Le Nu dans l’art au Québec.

Louis Muhlstock est né en 1904 à Narafow (décédé en 2001), en Pologne, et c’est en 1911 qu’ il arrive à Montréal. Il étudie la peinture au Monument National avec Edmond Dyonnet et à l’École des Beaux-Arts avec St-Charles (1918); sous William Brymner à Art Association of Montréal en 1920 et enfin à l’École des Beaux-Arts de Montréal de 1926 à 28.  De 1928 à 1931, il séjourne à Paris et étudie sous Louis Biloul. À son retour, il se consacre uniquement à la peinture.

Louis Muhlstock travaille à l’huile, au fusain, au pastel, à la gouache, , à l’aquarelle, ainsi qu’avec l’encre ou en médiums mixtes.  Ses sujets sont les natures mortes, les paysages, les scènes urbaines, les visages, les nues et les animaux. Après 1986, il  touche à l’abstraction.

Louis Muhlstock expose avec le groupe des R.C.A, l’Art Association of Montreal, de 1925 à 1960.  Des expositions solos à l’Université de la Colombie Britannique en 1950; 1977, à l’Art Gallery of Windsor.

Ses œuvres font parties des collections telles :  Art Gallery of Toronto (maintenant art museum of Toronto) , Edmonton Art Gallery, Mendel Art Gallery, Saskatoon,  Musée du Québec, Galerie Nationale d’Ottawa, et Vancouver Art Gallery.

Louis Muhlstock a reçu plusieurs distinctions et fait partie de nombreuses associations: RCA Académie Royale Canadienne; CAS Contempory Art Society, Montréal et Toronto (1939-1948); CGP Canadian Group of Painters (1933-1969); CSGA Canadian Society of Graphic Art (1923-1976) pour former par la suite le PPDC  Print and drawing canadian Council; FCA Federation of canadian artist (1941).

Source: The Collector’s Dictionary of Canadian Artists

 

Duchesne, Raymonde

RAYMONDE DUCHESNE (1945-2013)

Raymonde Duchesne est née au Lac St-Jean vivait à Québec; autodidacte, elle peint depuis 1975.Depuis 1979, les expositions se succèdent dans les principales villes du Québec et du Canada, ce qui lui assure une présence continue dans le milieu artistique.

Quotidien croqué sur le vif du silence, des huiles de Raymonde Duchesne émanent un sentiment d’éternité, un temps unique propre à l’artiste. Une horloge interne imaginaire donne à l’œuvre de Raymonde Duchesne un calme absolu, une tranquille sérénité. Un univers qui s’acquiert et s’apprivoise avec une douceur silencieuse.

« Tous sont nés dans l’œil du peintre, surgis un jour de son imaginaire et de sa mémoire . Hommes et  femmes, mères et enfants, sans réelle appartenance au temps présent dans leurs habits démodés, sans autres réels visages que ceux que l’on veut bien leur donner. Immobiles, sereins et parfois farouches, combien sont-ils à épier la moindre impulsion du monde extérieur, à s’en détourner peut-être ingénus et timides, combien sont-ils  à nous interpeller depuis leur monde de secrets silences?

Depuis 30 ans, Raymonde Duchesne invente les «siens» , leur dédiant au quotidien un  regard amoureux  fleurant la candeur et la nostalgie. À travers moult gestes de tendresse, d’attente, d’abandon et de rêverie elle a mis en peinture son propre parcours de vie jalonné de peines et de bonheurs, petits et grands.Tel est son œuvre …

Précieuse chronologie en images et en textes, comme autant d’étapes franchies, ce premier livre d’artiste se regarde comme un album de famille, une famille gravitant autour de l’image de la mère, de toutes les mères, la sienne en particulier.

Au fil des pages s’égrènent ainsi les scènes du genre qui, dans la manière et dans l’esprit, prolongent l’héritage «des natures mortes humaines» de Modigliani, des perspectives rabattues de Matisse ou, encore, des portraits énigmatiques de Lemieux. Mais, sous cette figuration toute simple imprégnée d’une douce naïveté, chaque tableau transporte l’anecdote en un lieu d’émotions .

Au total, 94 œuvres, comme autant de poésies silencieuses, d’états d’âme, d’états d’amour et de fragilité exposés, voilà ce que recèle ce livre d’artiste. Celui-ci se lit tel un journal intime dont les échos mélancoliques ou joyeux restent intemporels et combien familiers. »

Raymonde Duchesne nous quitte en septembre 2013.

Nicole Allard

Historienne de l’art

Chiasson, Denis (Desson)

Denis Chiasson Desson

Comme d’autres artistes formés en conception graphique, Denis Chiasson (Desson) attache une grande importance à la composition du tableau. Une fois qu’un schéma est choisi, il en transpose le contour sur la toile qui est progressivement définie avec l’application de la couleur. Ce qui émerge est une peinture dont le sujet est mis en valeur par les lignes prononcées, angulaires et intenses. Ses couleurs fortes indiquent une sensibilité rare, rehaussant des images d’un style personnel unique.

Il peint pour raconter une histoire. Il raconte même qu’il aurait aimé être écrivain. Ces histoires ont une portée autobiographique que l’on peut deviner par le sujet masculin qui est sensiblement le même d’un tableau à l’autre. Denis Chiasson utilise des détails comme des livres, des animaux (surtout des chats) et la lune. Une des caractéristiques de son style est de comprimer ses personnages jusqu’à la marge.

Les nus féminins de Denis Chiasson sont particulièrement frappants et font exceptions à la règle dans les galeries d’aujourd’hui, où les nus ne sont pas particulièrement recherchés. Il traite les formes féminines avec modestie et respect, éliminant tout érotisme. Une grande intensité émane de ses compositions où les formes sont recueillies, dans des poses serrées. Regardant vers le bas, l’attitude réservée et, plus récemment, leurs yeux clos, ses jeunes femmes sont remarquables par leur intériorité et la contemplation qu’elles évoquent. Cette esthétique visuelle et l’introspection avec lesquelles il infuse ses sujets font de Denis Chiasson un artiste exceptionnel à découvrir.

La relève québécoise se porte très bien

 » Les images qui jaillissent dans mon esprit à la lecture d’un bon roman, un Kerouac ou un Simenon par exemple, je les répercute sur mes toiles comme je les ai perçues.  » Denis Chiasson, Desson de son nom d’artiste, puise son inspiration autant des personnages de romans, que de ceux de la vie quotidienne ou de son amour de la nature. Fort d’une expérience d’infographiste, d’illustrateur et de sérigraphe, il est arrivé à la peinture figurative il y a une vingtaine d’année. Ce n’est toutefois que depuis trois ans qu’il est représenté en galerie, une décision heureuse qui lui a permis de sortir d’une certaine forme d’anonymat propre aux artistes qui gèrent eux-mêmes leur carrière et de  » désencombrer  » son atelier tout en lui permettant de vivre de son art.

Comme plusieurs artistes qui ont reçu une formation en design graphique, Desson s’attache avant tout à la composition, le scénario sur lequel repose la création. Sa technique artistique débute avec une série de croquis. Le bon dessin choisi, Desson transcrit l’ébauche sur le canevas qui se définira progressivement avec l’application de la couleur. Naîtra ensuite une toile au sujet sublimé par des traits durs, angulaires et intenses. Ce processus méticuleux confère à ses œuvres une touche de perfectionnisme rarement égalé. Le choix des couleurs est à la fois vif et empreint d’une sensibilité peu commune ce qui donne naissance à une œuvre touchante et conférant à l’artiste un style qui lui est propre.

Ses nus de femmes sont particulièrement saisissants et font exception dans ce genre de moins en moins recherché par les galeristes. On y retient la pudeur et le respect avec lequel il traite ses sujets féminins dont l’érotisme est complètement évacué. Une grande intensité émane de ses compositions où les formes sont regroupées en postures serrées. Les regards bas, réservés, et plus récemment les yeux fermés des femmes qu’il dépeint, frappent aussi par l’intériorité et le recueillement qu’ils évoquent. Cette recherche visuelle et le regard intérieur qu’il fait porter à ses sujets font de Desson un artiste exceptionnel à découvrir.Outre la peinture figurative, il fait aussi dans le multimédia et l’illustration. Sa propension à recréer sur toile les images qu’il glane au fil de ses lectures l’amène naturellement à considérer l’illustration d’art comme support à des romans, des nouvelles ou des recueils poétiques. Message lancé aux écrivains qui voudraient voir leurs livres illustrés.

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Bellefleur, Léon

Léon Bellefleur

Pour Léon Bellefleur (1910-2007), le surréalisme est d’abord une porte qui donne accès à un univers où les réalités se fondent dans une nouvelle vision du monde.

Bellefleur s’intéresse au surréalisme dès le début des années 1940. La peinture est alors une véritable passion, mais ses obligations familiales l’empêchent de s’y consacrer entièrement, ce qu’il se hâtera de faire en 1955. Si Bellefleur a pu contenir sa passion pour la peinture jusque là, c’est que son contact quotidien avec les enfants a nourri son art d’une manière aussi fondamentale que ses lectures et contacts avec d’autres créateurs. Il a trouvé chez les enfants du primaire une dimension essentielle à sa démarche picturale : la spontanéité.

Cet artiste passionné et curieux a puisé son inspiration à plusieurs sources. Outre le surréalisme et les enfants, la littérature et la poésie ont profondément marqué sa peinture. Pour Léon Bellefleur, c’est le sous-entendu qui importe. Sa méthode de travail en constitue le meilleur exemple. Il commence toujours un tableau sans idée préconçue, à la manière automatiste. Puis il observe, se laisse imprégner par les premières formes et intervient à nouveau, guidé par ce qu’elles lui suggèrent. Sa démarche donne lieu à une révélation, celle du subconscient, comme si l’on déchirait le voile d’un monde imaginaire, mystérieux et secret pour entrevoir un univers transitoire entre la réalité physique et psychique.

Après avoir tenté diverses expériences entre des espaces construits avec rigueur et d’autres fluides, l’artiste atteint un équilibre : les couleurs et les textures s’étalent avec justesse dans une plénitude plastique saisissante. Au cours des années ’80, Bellefleur mène son expression vers une dimension plus aérienne où le motif s’impose.

Léon Bellefleur, artiste historique, galerie la corniche, aquarelle 1955