Jean-Paul Jérôme

JEAN-PAUL JÉRÔME

La couleur, la lumière, la forme

Né à Montréal le 19 février 1928, Jean-Paul Jérôme manifeste, bien avant d’avoir été admis à l’école primaire, des dons pour le dessin et la peinture, talents qui alimenteront bientôt une passion aussi profonde que permanente.

C’est ce qui l’amène à être admis à l’École des beaux-arts de Montréal où de 1945 à 1952, il apprend notamment à maîtriser les techniques régissant l’art de la fresque, sous la direction de Stanley Cosgrove.

C’est ainsi qu’au terme d’une brève période vouée à l’expression de paysages et de natures mortes dont il privilégie les manifestations cubistes, il aborde, dès 1953, le domaine de l’abstraction, en laissant dériver sur le lin de larges aplats.

Tout son art se justifie alors à partir de notions issues de la géométrie, postulats qui, par le dénuement qu’ils impliquent, mènent à la création d’atmotsphères qui sous-tend un contrôle plastique absolu.

En 1955 il fonde, en compagnie de trois de ses amis peintres, Jauran (Rodolphe de Repentigny), Louis Belzile et Fernand Toupin, le groupe des Plasticiens, dont le Manifeste paraîtra en février 1955, texte qui, tirant ses préceptes de Cézanne et de Mondrian, exercera une influence majeure sur tout ce qui se crée depuis en peinture au Québec.

C’est afin de pousser plus en avant son aventure picturale qu’il séjourne à Paris de 1956 à 1958, période au cours de laquelle il côtoie Giacometti, Vasarelly et René Mortensen, avec lequel il partagera une profonde passion pour la maîtrise des formes et des couleurs. Il se lie également d’amitié avec les sculpteurs Gilioli, Hans Hartung et Martin Barré, dont il fréquente l’atelier, en plus de suivre de façon assidue les travaux de la Galerie de France et de la Galerie Arnaud, où il exposera l’automne de 1957.

De retour au Canada en novembre 1958, il est agréé comme professeur d’arts plastiques à l’École des beaux-arts de Montréal, tout en dispensant son art, ses connaissances et sa culture auprès des élèves des Commissions scolaires de Montréal et de Sorel.

Il quittera le monde de l’enseignement en 1973 pour se consacrer entièrement à la poursuite de son œuvre picturale, suivant un cheminement incessant qui l’amène à situer son atelier au milieu des campagnes, sur la rive sud du Saint-Laurent, notamment à Saint-Ours sur le Richelieu, Saint-Laurent du fleuve, Saint-Roch et Varennes.

Sans pour autant délaisser le lyrisme de ces grands espaces, trois ans plus tard il se donne pied-à-terre au sein de la résidence familiale qu’il vient d’acquérir et dans laquelle il aménage un loft consacré tout entier à son œuvre, une aire de création qui sera complétée par un second atelier qu’il nommera l’Antre-lumineux et qui permettra de parachever son expertise et d’accroître la diversité des œuvres qu’il y crée.

Sa peinture s’impose dès lors auprès des connaisseurs et des collectionneurs, tant ceux du milieu des arts que du grand public qui, assurés d’un accueil aussi chaleureux que conforme au tempérament du peintre, en viennent fréquenter son atelier, qui leur est ouvert sept jours par semaine, de sept heures du matin à quatre heures de l’après-midi.

En 1978, il devient membre de l’Académie royale des arts du Canada, honneur et titre qui lui sont décernés en reconnaissance de son apport magistral et pour souligner l’importance de son œuvre.

Jean-Paul Jérôme compte à son actif plus d’une centaine d’expositions, tant individuelles que collectives, dans des galeries et des musées disséminés aux quatre coins du pays. Ses œuvres font également partie de nombreuses collections publiques et privées du Canada, tandis que tout son œuvre et les différentes étapes de son cheminement ont donné lieu à plusieurs publications.

En 2003, le Musée du Bas-Saint-Laurent, lui rendait un vibrant hommage en représentant une rétrospective de ses œuvres, exposition qui, au cours des quatre années qui suivent, traverse le Canada tout entier.

Au cours de l’année 2005, le Musée de Sherbrooke dédiait une spectaculaire rétrospective aux Plasticiens, soulignant de la sorte le cinquantième anniversaire de la parution de leur Manifeste et mettant en relief les principales périodes créatrices de Jean-Paul Jérôme.

Ce dernier, cependant, n’aura pu assister à cette consécration puisqu’il décédait le 14 août 2004, à l’âge de 76 ans. Mais son œuvre lui survit car elle est de tous les temps. Peintre dynamique et passionné, il aura jusqu’à ses derniers moments voué sa vie à la peinture : Ivresse de la vie a-t-il intitulé son tout dernier tableau, une œuvre prophétique qui traduit et résume l’ensemble de sa création.

Car, peintre à la fois mu par un intense passion et une fidélité inébranlable aux postulats de ses débuts, Jean-Paul Jérôme a su s’exprimer à travers de multiples matériaux et manifester son art et sa sensibilité dans les médiums les plus divers : ses huiles et ses acryliques ont à la fois comme substrat tout autant le bois, le verre, la céramique, la tapisserie et le vitrail que les papiers et les cartons où le peintre donne libre cours, entre autres, à des pastels, des fusains, des sanguines et des sépias d’une haute teneur.

Ses sculptures sur laiton et sur bois, ses reliefs et ses monumentales architectures de béton rivalisent fièrement avec ses œuvres de chevalet et d’établi car si Jean-Paul Jérôme a si parfaitement maîtrisé les arcanes de la peinture c’est qu’avant toute chose, il savait dessiner. Il savait occuper l’espace de la toile comme celui d’un atelier imprégné de musique, de lecture et d’écriture. À un point tel qu’il nous a lui-même laissé des textes dans lesquels il se plaisait à définir son art et à cerner les différentes étapes de sa création.

« Toute ma vie, j’ai aimé la pureté de la forme, la résonnance
de la couleur » se plaisait-il à répéter.

Préalablement à son décès, Jean-Paul Jérôme a pris soin de planifier la poursuite et la veille de la pérennité de son œuvre, une œuvre où la couleur sans cesse épure la forme dans toute la plénitude de sa sonorité.

réf.: site web : www.jeanpauljerome.com

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Toupin, Fernand

Fernand Toupin

Fernand Toupin est né en 1930. Sa carrière débute réellement en 1954. Sa peinture n’est pas sans audace. On le constate dès le début des années 50. Peut-être est-il celui dans le groupe initial des plasticiens qui comptait en outre Louis Belzile, Jauran (Rodolphe de Repentigny) et Jean-Paul Jérôme, pousse le plus les limites avant-gardistes. Il a 25 ans à la parution du manifeste des Plasticiens paru en février 1955.  Ce manifeste écrit par un théoricien Rodolphe de Repentigny, revendiquait une nouvelle orientation dans la peinture québécoise, laquelle se voulait en rupture avec les Automatistes qui avaient précédés les plasticiens.

À cette époque, la peinture de Fernand Toupin oscille entre une facture très épurée marquée par une influence certaine de Mondrian, l’artiste utilisant parfois des supports qui brisent la forme rectangulaire traditionnelle.

Dès le début des années 60, sa peinture prend une direction tout à fait différente: la matière devient abondante. Toupin se détache alors de la philosophie picturale propre aux plasticiens en préconisant un langage suggestif.

Il étudie le dessin au Mont St-Louis avant de s’inscrire en 1949 aux cours du soir de l’École des Beaux-Arts de Montréal. De 1949 à 1953, Jean-Paul Jérôme lui enseigne et il fréquente l’atelier de Stanley Cosgrove. N’étant pas en mesure de vivre de son art, Toupin travaille à la Cour municipale de Montréal pour gagner le pain de sa famille.

En février 1955, Jean-Paul Jérôme, Louis Belzile, Jauran (Rodolphe de Repentigny, artiste et critique d’art) et Fernand Toupin lancent le « Manifeste des Plasticiens » lors d’une exposition à Montréal. Le Manifeste appelle à « l’épurement incessant des éléments plastiques et de leur ordre ». Les Plasticiens affirment que « leur destin est typiquement la révélation de formes parfaites dans un ordre parfait », voire l’expression spontanée du subconscient. Leurs toiles se résolvent en formes géométriques colorées, lesquelles éliminent toute suggestion d’espace apparent et, en bout de piste, d’effets de texture. À cette époque, Toupin peint ses formes géométriques sur des toiles de format irrégulier, qu’il nomme « shaped canvases ».

En 1957, Toupin est nommé Directeur des expositions au Conseil Exécutif de l’Association des Artistes Non-Figuratifs de Montréal, poste qu’il conservera deux ans. Membre du groupe depuis 1956, il expose avec ce dernier à divers endroits dont au Musée des Beaux-Arts de Montréal. Toujours employé de la Ville de Montréal, il peint durant ses loisirs.

À la fin des années 1950 et au début de la décennie suivante, il s’éloigne de la formule purement géométrique et explore en créant des œuvres plus lyriques, texturées. Il présente son travail lors d’expositions dans plusieurs galeries et participe à plusieurs événements collectifs, tels que  « Montréal Collectionne » (1966) présentée par le Musée des Beaux-Arts de Montréal, l’exposition itinérante « Canadian Art » qui parcourt neuf musées canadiens la même année, puis « Panorama de la peinture au Québec 1940-66 » présentée par le Musée d’Art Contemporain de Montréal en 1967.

Début 1970, une galerie de Paris lui propose une exposition solo, qui s’avère un franc succès, toutes les pièces présentées trouvant preneur. Suite à cet événement, un marchand d’art montréalais prend Toupin sous son aile et l’occupe à la production de nombreuses expositions, ce qui lui permet de quitter son emploi à la Ville de Montréal et de se consacrer à la peinture; il expose alors au Canada, aux États-Unis, en France et un peu partout au monde : à l’Exposition Universelle d’Osaka en 1970, au IVe Festival International de Peinture à Cagnes-sur-Mer (où il remporte le Prix International pour le Canada), à l’exposition « Jauran et les Premiers Plasticiens » au Musée d’Art Contemporain de Montréal en 1977, au Art Expo International de New-York en 1980, au Musée Central de Tokyo en 1990. Au cours des années 1970, il illustre des livres et participe à la création de décors pour les Grands Ballets Canadiens à Montréal. Fernand Toupin est élu membre de l’Académie Royale des Arts du Canada en 1977. Il est mort à l’age de 78 ans.