Art Inuit

Art Inuit

Art du Nunavik

La sculpture du Nunavik ( Art Inuit )réunit une variété de styles, allant d’œuvres très détaillées et représentatives à des sculptures minimalistes ou abstraites. La culture des Inuits ainsi que les matériaux utilisés par les artistes donnent à l’art du Nunavik sa saveur particulière.


Talents anciens

La première génération d’artistes contemporains sont nés à une époque où les Inuits vivaient encore des produits de la chasse et habitaient des abris qu’ils construisaient de peau, de pierre et de neige. Les habiletés des Inuits furent transmises de génération en génération et les hommes et les femmes étaient des experts à fabriquer les ustensiles qu’ils utilisaient au quotidien. Avant tout, c’est ce talent à créer des objets que les artistes voulaient faire reconnaître.
Le souci du détail 

Les pièces plus anciennes étaient typiquement des scènes détaillées qui représentaient des hommes et des femmes engagées à une tâche particulière. Les pièces comportaient souvent de petits instruments sculptés avec exactitude et les sculpteurs espéraient que les acheteurs seraient en mesure d’apprécier le réalisme de leur travail.

La stéatite, qui est composée en grande partie de talc, possède un grain très fin et se travaille avec des outils manuels tels des ciseaux et des limes. En plus, la stéatite qu’ils préféraient devenait gris foncé au polissage. Cette matière possédait donc toutes les qualités nécessaires pour montrer les détails qui étaient si importants pour les artistes.

Un art en évolution 

Au fur et à mesure que les artistes du Nunavik devenaient plus familiers avec la production de l’art, des œuvres plus imaginatives commencèrent à apparaître. Certains artistes se mirent à décrire le monde spirituel et d’autres délaissèrent l’exactitude pour mettre l’emphase sur le mouvement ou essayer de traduire une émotion en exagérant ou déformant des aspects de leurs sculptures. Ils se mirent aussi à utiliser d’autres pierres qui avaient des qualités nouvelles.

Ces nouveaux matériaux eurent, eux aussi, un effet sur les styles de sculpture. Les premières œuvres faites de serpentine étaient sculptées en surface seulement parce que la pierre est plus dure et a tendance à s’écailler quand elle est travaillée. Ces pièces sont monolithiques et l’admirateur peut souvent entrevoir la forme originale du bloc. Les artistes d’aujourd’hui disposent de meilleurs outils et peuvent maintenant découper ces pierres pour créer des sculptures plus délicates et dynamiques.

Un art moderne 
L’art du Nunavik continue son évolution parce que la culture des Inuits et des artistes est de plus en plus exposée aux influences extérieures. Les anciens artistes auraient du mal à comprendre certaines des pièces qui font le prestige de l’art du Nunavik d’aujourd’hui. Les artistes qui créent ces pièces sont bien enracinés dans leur culture mais expriment des idées et adoptent des styles bien contemporains.

Depuis plus de 50 ans, l’art du Nunavik a su capter l’attention des amateurs d’art parce qu’elle communique de façon très personnelle les pensées et aspirations des Inuits. Pour les Inuits, la production de l’art les a permis de se développer économiquement et leur procure un moyen de partager leur culture et traditions.

sculpture inuit, Nunavik, pierre à savon

sculpture inuit, Nunavik, pierre à savon

 

L’histoire des Inuits du Nunavik débute il y a 4000 ans, lors du retrait de la dernière glaciation des côtes de la Baie-d’Hudson et de la Baie d’Ungava. Les Paléo esquimaux, originaires de la Sibérie, se sont dispersés à travers l’Arctique canadien à la recherche de gibier.

Le climat rigoureux et les ressources plus rares du territoire canadien forcèrent leurs descendants, les Dorsétiens, à adopter un nouveau style de vie. Les archéologues ont découvert des lampes à l’huile en stéatite qui datent de cette époque et que l’on suppose avoir été utilisées pour chauffer l’intérieur des igloos.

Profitant d’une période de réchauffement, il y a environ 1000 ans, une nouvelle vague d’Inuits de l’Alaska descendit vers le Canada. Forts de leur habilité à chasser la baleine, les Thuléens ont progressivement remplacé les Dorsétiens qui vivaient toujours au Québec il y a environ 500 ans. Les Inuits du Nunavik parlent encore aujourd’hui d’une super-race d’Inuits qui aurait jadis habité leur territoire; sans doute parlent-ils de l’un ou de l’autre de ces deux peuples.

La période historique débute il y a 300 ans. Le climat s’étant refroidi, les Inuits durent encore une fois adapter leur mode de vie. C’est pendant cette période que les Inuits eurent leurs premiers contacts avec les Européens. Ces derniers leur apportèrent de
nouveaux outils et introduisirent l’idée de troquer de petits objets d’art en échange de ce dont les Inuits avaient besoin. Deux cent cinquante ans plus tard, ce concept allait faire naître une fructueuse industrie artistique.

C’est en 1948, à La Guilde canadienne des métiers d’art qu’aura lieu la toute première exposition et vente de sculptures esquimaudes. Les pièces recueillies auprès d’artistes du Nunavik, jusqu’alors inconnus, se vendent en quelques heures. Le gouvernement du Canada multiple ses efforts pour encourager les artistes et promouvoir cet art naissant. Les coopératives inuites voient le jour à la fin des années 50 et travaillent également au développement de l’art inuit. Ce dernier prend son envol en 1967 lors de l’Exposition universelle à Montréal. Le monde entier découvre alors la culture et le talent des artistes inuits.

LES MATÉRIAUX

Stéatite

Le terme stéatite est souvent substitué au terme pierre-à-savon et il sous-entend généralement la plus grande dureté de la pierre. La dureté de la stéatite est due à des minéraux autres que le talc qui sont incorporés dans la pierre, ou alors à une structure cristalline plus fine et plus dense.

Caractéristiques :

  • Une couleur grise, blanche ou presque argentée
  • De 1 à 3 sur l’échelle de dureté

Serpentine

La serpentine regroupe une famille de minéraux composée de silicate basique de fer et de magnésium (semblable au talc et aux chlorites). Des inclusions de minéraux forment des veines sinueuses dans la pierre et lui donnent son aspect particulier.

Caractéristiques :

  • Une couleur verte olive, jaune, or, brune ou noire
  • De 3 à 4.5 sur l’échelle de dureté

Argilite

L’argilite est une pierre sédimentaire composée principalement d’argile. Cette roche est dans un état de métamorphose peu avancé et son grain très fin permet aux sculpteurs d’incorporer des détails délicats dans leurs oeuvres.

Caractéristiques :

  • Une couleur grise, noire ou verte
  • De 2.5 à 4.5 sur l’échelle de dureté
LA TECHNIQUE
La pierre

Typiquement, les artistes obtiennent eux-mêmes la pierre à sculpter de carrières situées à quelques heures du village et qui sont accessibles par bateau ou traîneau. La carrière ci-contre est peu profonde et il est facile d’en extraire la pierre à la main. Certaines carrières se transforment en fosses profondes après plusieurs années d’usage et il est alors difficile et dangereux d’y travailler. Pour plus de sécurité, les artistes travaillent souvent en équipe lors de leurs expéditions.

Première étape

À leur retour, les sculpteurs auront plusieurs blocs de pierre à leur disposition. La forme particulière de la pierre suggèrera à l’artiste un sujet possible. Son choix fait, l’artiste passe à la première étape qui consiste à enlever, souvent à l’aide d’une scie, les parties inutiles du bloc de pierre.

Une forme émerge

D’une main habile, le sculpteur commencera alors à ébrécher la pierre avec une hachette jusqu’à ce qu’une forme émerge du bloc. La sculpture progressant, des outils plus petits seront utilisés pour affiner son travail. Souvent, ces outils auront étés fabriqués par l’artiste lui-même.

Les détails
Le plus souvent, le gros du travail de l’artiste consiste à détailler sa pièce. Ci-contre, la pierre est une stéatite qui se prête bien à ce travail minutieux. L’artiste utilise ici un ciseau pour percer et former la pierre.

Lissage

Le sculpteur commence à lisser la pierre à l’aide de papier sablé. Il y aura plusieurs étapes dans le polissage car des abrasifs de plus en plus fins seront utilisés en succession. Nous apercevons ici des pièces en os qui ont étés apposés sur les patins du traîneau de la sculpture, dans un effort de l’artiste pour demeurer fidèle à la réalité.

Dernier polissage

La sculpture est enfin terminée et l’artiste donne un dernier polissage à la pierre. Six semaines se sont écoulées entre le moment où l’artiste scia le bloc pour la première fois et la finition de son oeuvre. Comme beaucoup d’autres artistes, il y consacra quelques heures par jour tout en complétant aussi plusieurs autres petites pièces.

La pierre
Première étape
Une forme émerge
Les détails
Lissage
Dernier polissage
Dernier polissage

Artiste : Aisa Koperqualuk
1916 – 2004

Stéatite
Serpentine
Argilite